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Full text of "Jules Raymond Lame Fleury- La mythologie racontee aux enfants- La mythologie Greco-Romaine Partie 3- Junon et Mercure"

LÀ 

MYTHOLOGIE 

RACONTÉE AUX ENFANTS 

J Hl LAME FLEUAY 

MJtIVELLË ÈÛÏTlÙti 



PARIS 
Ç. BOftfiANï, il BRAIRE- ÉDITEUR 

ME M* SJUflTS-ftMS, 9 

1B72 
GBORGB R. LflCKTVOOft 



'30 JUNON ET'MERCURE. 



JUJSON et MERCURE. 



Cependant, mes enfants, cette déesse 
Xunon , que Jupiter avait prise i pour 
femme, n'avait pas un très-bon carac- 
tère ; elle était défiante, jalouse, orgueil- 
leuse, médisante, colère surtout, et tour- 
mentait souvent son mari par son hu- 
meur acariâtre. 

Un jour Jupiter, fatigué de tant de 
tracasseries,, résolut de choisir une' autre 
femme parmi les simples mortelles, et 
jeta, les yeux- sur la jeune Io> fille d'un roi 
d'Àjrgos nommé Inaghus. Cette princesse 
était aussi belle et plus aimable que Ju- 
non, quoiqu'elle ne fût pas déesse ; mais 
Junon, ayant appris le «dessein de Jupiter, 
poursuivit cette pauvre fille avec tant 



JUNON ET MERCURE. 71 

d'acharnement, que Jupiter fut obligé de 
la métamorphoser en génisse, pour la 
dérober à la fureur de la reine des 
dieux. 

A quelque temps de là, Junon, qui 
d'abord avait ignoré ce que sa rivale était 
devenue, découvrit enfin sa métamor- 
phose, et supplia Jupiter avec tant d'in- 
stances de lui donner cette petite vache 
que le dieu n'osa pas la lui refuser. 

Mais à peine Junon eut-elle Io en sa 
puissance, que de peur que son mari ne 
la lui enlevât pour lui rendre sa première 
forme, elle la plaça sous la garde d'un 
homme qui avait cent yeux, dont cin- 
quante au moins demeuraient ouverts, 
tandis«qu'il dormait des cinquante autres. 
Cet homme-là se nommait Argus, et il 
n'y eut jamais un gardien plus fidèle et 
plus vigilant. 

Alors Jupiter ordonna à son messager 
Mercure, qui était un garçon adroit et 
intelligent, de tuer cet infatigable sur- 
veillunt^ et de soustraire Io à la colère de 
Junon. 



72 JUNON ET MERCURE. 

L'entreprise n'était pas facile, puis- 
qu'il fallait trouver le moyen de surpren- 
dre Argus ; mais Mercure, qui avait des 
ailes à la tête et aux pieds pour exécuter 
plus promptement les ordres de son maî- 
tre, possédait en outre une foule d'autres 
talents. Par exemple, il jouait de la flûte 
dans la perfection, excellait à faire des 
tours d'adresse en tout genre, et l'on dit 
même que les voleurs l'avaient adopté 
pour leur patron, à cause de son habileté 
reconnue à tous les exercices qui exigent 
de la finesse. Mercure, à la vérité, était 
de tous les dieux le plus occupé; car il 
était chargé en même temps d'assurer la 
bonne foi des marchands, de veiller à la 
sûreté des chemins publics, et enfin de 
conduire chaque jour aux enfers les âmes 
des morts. 

Ce fut de ce dieu, dont l'image chez les 
Grecs était souvent placée dans les rues, 
comme celle du dieu Janus chez les Ro- 
mains, qu Alcibiade fut accusé par ses 
ennemis d'avoir brisé les statues dans 
les carrefours d'Athènes; et je n'ai pas 



JUNON ET MERCURE. 73 

besoin de vous rappeler ici ce que raconte 
à ce sujet l'histoire grecque. 

Mercure donc, malgré son habileté, ne 
sachant quelle ruse employer pour trom- 
per la vigilance d'Argus, imagina d'aller 
trouver le dieu du sommeil, qui se nom* 
mait Morphée, et de lui demander quel- 
que moyen d'endormir à la fois les cent 
yeux de cet infatigable gardien. 

Morphée, tout dieu qu'il était, ne fai- 
sait pas grand bruit dans le monde. Il 
avait établi sa demeure dans un pays où 
régnait continuellement le silence le plus 
absolu, et son palais était impénétrable 
aux rayons du soleil. Jamais autour de 
cette retraite on n'entendait le chant des 
coqs ni les aboiements des chiens; une 
souris même en trottant y aurait fait trop 
de bruit, et Mercure, malgré la légèreté 
de ses pieds ailés, n'y entra pas sans pré • 
caution, de peur d'éveiller en sursaut 
dieu dont il venait réclamer le secours , 

Morphée était couché sur un lit d'é- 
bène, au-dessus duquel étaient suspendues 
des touffes de pavots, plante qui a la 

MYTHOLOGIE, NOUY. ÉDIT. 5 



74 JtfNON ET MERCURE. 

propriété de procurer le sommeil. Sa tête 
portait une couronne de fleurs de la même 
espèce, et il semblait plongé dans un 
profond repos. Autour de lui voltigeaient 
sous diverses formes les songes légers, 
espèces de dieux qui causent aux hommes 
des rêves doux ou pénibles, et dans un 
coin obscur Mercure crut apercevoir le 
cauchemar, le plus hideux de tous les 
songes, sous la figure grimaçante d'un 
singe accroupi. 

Le cauchemar, mes enfants, ne visite 
guère les personnes sobres, et dont la 
conscience est tranquille ; mais il trouble 
souvent le sommeil de ceux qui se livrent 
à la gourmandise, ou qui ont quelque 
mauvaise action à se reprocher* 

Mercure adressa bien doucement sa 
prière à Morphée, et le dieu, ouvrant à 
peine les yeux, étendit les bras, et, après 
avoir bâillé trois fois, lui fit présent d'une 
poignée de pavots, dont l'effet devait être 
d'endormir Argus, dès que cela lui con- 
viendrait ; puis, se retournant de l'autre 
côté, il se rendormit, sans attendre seu- 



JUNON ET MERCURE. 75 

lement qu'on le remerciât. Mercure, qui 
avait autre chose à faire, se bâta de quit- 
ter ce palais silencieux, où le sommeil 
commençait à le gagner, et se dirigea ra- 
pidement vers la prairie où le clairvoyant 
Argus gardait la vache lo. 

Du plus loin que le farouche surveil- 
lant aperçât le dieu, il lui cria de s'éloi- 
gner ; mais celui-ci, sans tenir compte de 
cet avertissement, se mit à jouer sur sa 
flûte un air fort à la mode dans ce temps- 
là, qui causa tant de plaisir à Argus qu'il 
permit à Mercure de s'approcher pour 
mieux entendre sa musique. Mais le rusé 
personnage, tout en tenant sa flûte d'une 
main, secouait de l'autre les pavots que 
Morphée lui avait donnés, et Argus, dont 
les cent yeux étaient tout grands ouverts 
ua moment auparavant, se mit à les fer- 
mer tous l'un après l'autre. A peine le 
dernier de ses yeux était-il fermé, que 
Mercure, s'âançant sur lui, lui coupa la 
tête, et faisant reprendre à lo sa forme 
naturelle, il la conduisit en Egypte, où 
pour cette fois Junon perdit ses traces. 



76 JDNON ET MERCURE. 

Cette déesse, au désespoir de la mort 
d'un si excellent serviteur, et plus encore 
de la disparition de sa rivale, changea 
Argus en paon, et répandit sur la queue 
de ce bel oiseau les cent yeux de cet in- 
trouvable gardien. Depuis ce temps le 
paon fut consacré à Junon, et souvent on 
la représente sur un char léger traîné 
par deux de ces oiseaux 1 . 

Avant de quitter Mercure, que nous 
retrouverons sans doute quelque autre 
part, dans une de ces courses qu'il ne ces- 
sait de faire d'un bout de l'univers à 
l'autre, il faut que je vous fasse remar- 
quer le bâton ailé qu'il tenait dans sa 
main droite, et que l'on nommait le ca- 
ducée. Ce bâton avait la propriété de rap- 
procher tout ce que la colère avait divisé. 
Un jour, pour en éprouver la puissance, 
le dieu, ayant aperçu deux serpents qui 
se battaient, les frappa de cette baguette, 
et les serpents s'y étant attachés en de- 
vinrent inséparables : c'est pour cela que 

1. PI. VU, fig. 12. 



JUNON ET MERCURE. 77 

nous les voyons enlacés au caducée dans 
toutes les statues de Mercure 1 . 

Cependant Junon, voyant tout l'avan- 
tage que Jupiter avait tiré de l'adresse 
de son messager, voulut aussi avoir une 
messagère qu'elle pût charger de ses 
commissions secrètes, et à qui elle pût 
confier ses lettres, lorsqu'il lui arrivait 
d'en écrire; car les dieux n'avaient pas 
encore inventé la poste, dont ils n'a- 
vaient pas, sans doute, deviné toute l'uti- 
lité. 

Ce fut une jeune fille nommée Tris, 
qui était sage et docile, qu'elle choisit 
pour ce difficile emploi , qui exige de 
l'exactitude et de la discrétion; elle lui 
fit présent d'une belle robe de trois cou- 
leurs, dont l'éclat traçait dans les airs ce 
sillon de lumière que nous nommons 
l'Arc-en-cieL 

Je n'ai pas besoin, je pense, de vous 
expliquer ici que cette prétendue robe 
d'Iris n'est autre chose qu'un phénomène 

l. Pi. VII, fig. 13. 



78 iTOOtt "ET •MERCURE. 

naturel et facile * à observer, et Ton a, 
sans doute pris soin de vous faire com- 
prendre, à l'aide d'un prisme de verre, 
que l'arc coloré qui se montre au ciel 
après un orage est l'effet produit par 
les rayons du soleil en se jouant à 
travers les nuages encore chargés de 
pluie. 

I.a déesse Junon eut plusieurs enfants, 
qui tous ont été extrêmement câèbres. 
Sa fille aînée fut Hébé, déesse de la jeu- 
nesse, que Jupiter chargea, après Gany- 
rnède, du soin de verser le nectar à la 
table des dieux. Un jour que, dans un 
accès de oolère contre Jupiter, Junori 
frappa la terre du pied, il en sortit tout 
à coup un beau jeune homme tout armé 
<?t la tête couverte d'un casque d'or. Sa 
mère lui donna le nom de Mars, et il fat 
reconnu pour le dieu de la guerre. 

Mars est ordinairement représenté 
sous la figure d'un guerrier armé de pied 
en cap, auprès duquel se trouve un coq, 
le plus vigilant des animaux, parce que 
la vigilance est une des premières quali- 



nrsox ET MERCURE. 70 

tés de l'homme de guerre. Quelquefois 
aussi Mars est assis sur un char traîné 
par des chevaux fougueux que conduit 
Belloîob, déesse qui partageait avec lui 
1 empire des combats. 

Le culte de Mars était peu répandu 
parmi les Grecs; mais chez les Romains, 
on lui avait élevé plusieurs temples ma- 
gnifiques, parce que l'on supposait que 
Romulus était fils de ce dieu. Les anciens 
Etrusques l'adoraient sous la forme d'une 
lance plantée en terre. 

Junon eut encore un autre fils, nommé 
Vulcàiiï, qui était si laid, si laid, lors- 
qu'il vint au monde, que Jupiter, en le 
voyant, le précipita du ciel sur la terre. 
Depuis ce temps, le pauvre dieu de- 
meura boiteux de sa chute, et son père, 
pour le dédommager de cet accident, le 
fit roi des Cyclopes, en le chargeant de 
faire fabriquer la foudre par ces habiles 
forgerons. De cette manière, Vulcain se i 

trouva confiné dans les souterrains où 
les Cyclopes avaient établi leurs ateliers, I 

et il ne se montrait que rarement dans J 



80 JUNON ET MERCURE. 

l'Olympe, ou les autres dieux ne l'auraient 
pas vu avec plaisir, tant il était malpro- 
pre et noirci de fumée. 

Junon était adorée en Egypte sous la 
forme d'une vache, ou d'une femme 
dont la tête était surmontée de cornes; 
mais alors les Égyptiens la confondaient 
évidemment avec la déesse Isis, dont 
l'histoire fabuleuse vous a été racontée 
dans leur mythologie.